Jeux Vidéo

Le free-to-play, ou la fastfoodisation du jeu vidéo

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Apparu depuis déjà quelques années dans les MMORPG puis dans les jeux mobiles, le concept de free-to-play semble plus que jamais avoir le vent en poupe. Et pour cause : les jeux basés sur ce modèle économique rapportent beaucoup d’argent à leurs concepteurs, comme peuvent en témoigner l’énorme succès de jeux comme Candy Crush Saga, Clash of Clans et j’en passe.

En conséquence, de plus en plus d’éditeurs choisissent cette recette fort lucrative pour publier leurs jeux sur appareils mobiles, et le phénomène pourrait bientôt se banaliser sur l’ensemble des supports de jeux vidéo. Mais cette nouvelle mode ne tire t’elle pas le jeu vidéo vers le bas ?

Qu’est-ce que le free-to-play ?

Le free-to-play est un mode de distribution qui consiste à diffuser un jeu gratuitement, en misant sur le fait que de nombreux joueurs dépenseront leur argent via des achats « in-app » pour accélérer et faciliter leur progression.

Le joueur n’est bien sûr à aucun moment obligé de payer, mais il va certainement devoir mettre la main à la poche s’il souhaite à la fois jouer et avoir une vie. En effet, les développeurs font en sorte de rendre l’expérience gratuite laborieuse et chronophage (bâtiments qui mettent des jours à se construire, progression bloquée pendant plusieurs heures en cas d’échec etc.). Le joueur est par conséquent forcément encouragé à s’acquitter d’une somme dérisoire pour se faciliter un peu les choses. Au fond, un petit achat à 1,50 €, c’est pas si cher que ça… et puis hop! un autre… et encore un autre…

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Cette façon de procéder a également un effet pervers. Certains joueurs aisés peuvent dépenser chaque mois plusieurs centaines d’euros, ce qui peut alors créer un déséquilibre dans le cas d’un jeu multijoueur, car ces derniers deviennent souvent imbattables grâce à leur investissement financier important. C’est le phénomène du pay-to-win, que les éditeurs cherchent plus ou moins à endiguer afin de ne pas faire fuire la majorité des joueurs « normaux » (un exercice délicat car ces joueurs fortunés, surnommés les baleines, constituent une importante source de revenus).

De plus, dans le cas des jeux mobiles, l’application use et abuse des notifications vous invitant sans cesse à revenir jouer et à dépenser davantage. Même lorsque que vous êtes au boulot et que vous avez par conséquent mieux à faire, le jeu se charge de vous spammer histoire de vous rappeler que vos troupes sont prêtes ou qu’il y a une super promo sur un contenu additionnel quelconque.

Comment en est-on arrivé là et pourquoi est-ce un problème ?

Le succès du free-to-play s’explique en partie par le fait que nous sommes de plus en plus habitué à la gratuité.

Si nous acceptons encore l’idée de débourser des sommes conséquentes pour acquérir smartphones et ordinateurs derniers cris, force est de constater qu’il n’en est pas de même pour les applications et les services. Tous les outils que nous utilisons au quotidien nous donnent l’illusion de la gratuité (réseaux sociaux, webmails, chat en ligne), qui n’est en réalité qu’un écran de fumée masquant un gigantesque commerce de nos informations personnelles.

Le problème avec les jeux free-to-play, c’est qu’ils sont souvent conçus avec l’idée de faire toujours plus dépenser les joueurs avant même de se soucier du gameplay, de l’expérience ou même du côté artistique qu’un jeu devrait toujours avoir.

Je vais vous citer l’exemple récent d’un jeu que j’appréciait particulièrement et dont le virage free-to-play a littéralement flingué le plaisir de jeu. Il s’agit de Crazy Taxi.

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Pour rappel, Crazy Taxi est un jeu édité par Sega qui vous met dans la peau d’un chauffeur de taxi devant conduire ses clients à leur destination en un temps record, en ne faisant pas grand cas du code de la route. Comme il s’agit d’un jeu d’arcade, le joueur doit prendre immédiatement plaisir à jouer grâce à une prise en main efficace, sans s’embarasser de cinématiques, de tutoriels et autres éléments superflus.

Crazy Taxi City Rush, sorti cet été sur mobile, devait permettre de faire connaître la série aux plus jeunes, en revisitant les graphismes et la jouabilité afin de l’adapter aux smartphones / tablettes. De ce point de vue là, c’est pas mal : le coeur du gameplay est plutôt réussi et le fun est toujours présent.

Malheureusement, l’enrobage caractéristique du free-to-play vient tuer la bonne impression dans l’oeuf. Le jeu vous harcèle en permanence avec toutes sortes de messages vous invitant à acheter des améliorations pour votre taxi, des éléments de personnalisation inutiles et autres futilités dont un jeu arcade se serait bien passé. Bien entendu, votre progression sera rapidement freinée de diverses manières, à commencer par le fait que vous ne pouvez plus jouer si le réservoir du taxi est vide. Et que faut il faire dans ces cas là ? Comme toujours : attendre ou payer.

Vous remarquerez également que dans certains de ces jeux, la connexion à votre compte Facebook vous est parfois proposée comme alternative au paiement pour avancer un plus vite. Il s’agit pourtant d’une forme de paiement utilisant une autre devise très en vogue aujourd’hui, à savoir vos données personnelles. En connectant ces jeux à Facebook, vous permettez à son éditeur d’avoir accès à un certain nombre de ces données, qu’il pourra alors faire valoir auprès de régies publicitaires et autres acteurs tiers.

Le jeu vidéo est un art avant d’être une machine à fric

Développer un jeu, c’est passer du temps à créer un gameplay, des graphismes, une ambiance, dans le seul but de satisfaire le joueur afin qu’il en ait pour son argent. Cela peut aussi être une prise de risque pour les développeurs, qui s’investissent beaucoup et qui jouent gros si leur jeu n’est pas rentable.

Il n’y a pas beaucoup de mérite à copier des grands classiques qui ont déjà fait leurs preuves et à les redistribuer en free-to-play pour se faire un max de fric avec un risque zéro. C’est pourtant exactement ce qu’à fait King avec Candy Crush Saga (copie de Bejeweled sorti en 2001) et Bubble Witch Saga (copie de Puzzle Bobble sorti en… 1994 !). Et il semblerait que la tendance ne soit pas prête de s’inverser.

Si vous aimez vraiment le jeu vidéo, je vous invite donc fortement à délaisser ce genre de titres destinés à vous faire gaspiller du temps et de l’argent, et à acheter des jeux qui en valent la peine. On peut parfois avoir l’impression que le monde du jeu vidéo prend de plus en plus des clients pour des vaches à lait (ce qui tendrait là encore à se confirmer), mais il ne faut cependant pas généraliser : il existe toujours de nombreux projets intéressants qui méritent toute notre attention !

Et vous, que pensez-vous du free-to-play ? N’hésitez pas à réagir dans les commentaires !

Édouard

Passionné par les nouvelles technologies et gadgets en tout genre (avec parfois une petite tendance early-adopter), ainsi que par les innovations scientifiques qui bouleversent notre quotidien. Édouard est également un grand amateur de rétro-gaming et de jeu indépendant, mais aussi de cinéma, de culture asiatique et de photographie.

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