Vous n’avez pu passer à côté du buzz « Ouya », une console de jeu indépendante qui a récemment défrayé la chronique. Le projet, lancé sur Kickstarter, avait besoin de 900 000 $ pour démarrer ; les fonds récoltés s’élèvent au final à 8 596 475 $ ! Ajoutons à cela les multiples partenariats annoncés au fil des semaines (OnLive, Square Enix etc…), et l’on se dit que l’on tient là une arme de destruction massive.

Une question se pose alors : un tel projet peut-il vraiment faire du mal aux géants du secteur que sont Nintendo, Sony et Microsoft ?

remonterUne console ouverte et bon marché

Malgré le peu d’informations ayant filtré jusque-là, toutes les rumeurs et autres bruits de couloirs s’accordent à dire que les futures PS4 et Xbox 3 seront des monstres de puissance, faisant l’apologie du jeu dématérialisé et exterminant au passage le marché de l’occasion. On peut donc légitimement s’attendre à voir débarquer en 2013 une nouvelle génération de consoles onéreuses pour lesquelles il faudra débourser un max en jeux et en DLC.

Ouya est globalement en contradiction avec cette tendance. Du haut de sa modeste architecture Tegra 3 (excellente sur tablette mais loin d’égaler les machines actuelles sur écran HD), la console sera proposée pour un prix imbattable de 99$, soit environ 80€. Et ça ne s’arrête pas là ! Sur la Ouya, tous les jeux devront être en partie gratuits, c’est-à-dire que vous pourrez jouer aux premiers niveaux sans débourser un centime. Ça n’a l’air de rien, mais les jeux récents ne proposent pas tous une démo jouable.

L’autre avantage concerne le développement de jeux. Sur les consoles actuelles, les créateurs indépendants doivent acheter des machines spéciales et des kits de développement (SDK) hors de prix, ainsi que se plier aux conditions imposées par les constructeurs. Sur la Ouya, le coût du développement est plus abordable : comptez 0 € pour publier un jeu sur le marketplace de la machine. Hé oui, le SDK est distribué gratuitement, l’objectif étant de faire revenir la création et l’originalité sur le devant de la scène, à une époque où le marché est envahi par des jeux AAA qui engendrent de nombreuses suites au gameplay similaire.

Grâce à plusieurs partenariats, la Ouya devrait également être un média center de choix, et l’on pourra s’en servir pour regarder des films et accéder à des services à la demande. Tout un programme.

remonterDes spécifications en retrait et un cœur de cible restreint

Nous l’avons dit plus haut, la Ouya ne brillera pas par ses capacités techniques. Largement suffisante pour faire tourner n’importe quel jeu 2D (c’est-à-dire la majorité des jeux indépendants), la machine devrait rapidement montrer ses limites en 3D sur un écran Full HD. Et c’est bien là que le bât blesse.

Sur console, le grand public consomme en priorité des jeux aux graphismes impressionnants et à l’immersion toujours plus importante ; il n’a que faire de jouer à des petits jeux en 2D développés par trois types dans un garage, qu’il préfèrera pirater acheter sur mobile. On imagine donc mal comment un consommateur lambda pourrait préférer la Ouya à ses concurrentes en sachant que la console sera incapable de faire tourner le dernier Elder Scrolls ou l’énième Call of Duty.

De plus, les jeux Ouya seront exclusivement disponibles sous forme dématérialisée, et il est par conséquent inconcevable de la voir figurer à la Fnac aux côtés des concurrents, dont les rayons sont bourrés de jeux et d’accessoires. Ce manque de visibilité devrait la réserver exclusivement aux connaisseurs et ainsi l’éloigner de tout véritable succès commercial.

Enfin, il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui, tous les fournisseurs d’accès à Internet mettent à disposition une box media center avec une bibliothèque de jeux à la demande, qui propose le même genre de jeux (et même des jeux dignes des consoles HD). Pourquoi acheter une machine supplémentaire alors que le FAI offre plus ou moins la même chose ?

remonterOuya, comme un soufflé qui se dégonfle ?

Je n’irai pas jusque-là. L’importante somme d’argent collectée sur Kickstarter est une preuve irréfutable qu’un réel intérêt existe pour ce type de machine.

Je pense en réalité que si les choses sont rondement menées, la Ouya pourrait devenir la console de prédilection des amateurs de jeux indépendants et de rétrogaming. Son ouverture devrait permettre à n’importe quel créateur de se lancer à moindre frais, et le fait que l’appareil fonctionne avec un système Android lui donnera accès à toute une panoplie d’émulateurs de vieilles consoles qui raviront les nostalgiques.

La Ouya pourrait aussi être intéressante pour les ménages les plus modestes, mais ses spécifications techniques trop limitées et son mode de distribution intimiste font qu’elle ne risque pas de faire vaciller les grands du secteur…